Chloé Jeanne


Artiste plasticienne
Bornes
2018



Ces bornes disposées à hauteur variable à des points stratégiques en fonction du déplacement du spectateur dans l’espace servent de diffuseur pour 3 curiosités olfactives, crées en relation avec les pièces. Elles s’inspirent des composants utilisés pour la production des sculptures ou installations présentes dans l’espace offrant une double lecture et une autre dimension aux pièces.




«Je n’ai pas de Madeleine de Proust gustative mais seulement olfactive. Un souvenir si précis et si profond qui me fait me sentir en sécurité car il me rappelle un moment doux et agréable. C’est un évènement anodin mais qui, je ne saurais expliquer pourquoi, a marqué mon esprit. C’était un soir d’hiver, la cheminée de notre maison en campagne était allumée, la chaleur pourtant puissante qu’elle diffusait dans cette ancienne ferme mal isolée ne suffisait pas à me réchauffer correctement. J’étais allongée dans le canapé avec un plaid, mon chien à mes pieds, ma mère dans le fauteuil derrière moi, nous regardions E.T pour la première fois, enfin pour moi. Je me souviens de cette odeur qui était diffusée dans la maison, je dirais un mélange entre le bois exotique et la cannelle. Une odeur de Noël. Une odeur tellement rassurante et chaleureuse, elle avait le même effet qu’un lait chaud bu un soir d’hiver. Et cette odeur, était celle d’un bâton d’encens que ma mère avait allumé dans l’escalier. Je pense que toutes les circonstances étaient rassemblées pour que je me souvienne de ce moment chaleureux, de découverte et de partage. Depuis ce jour, l’odeur de cet encens déclenche immédiatement un sentiment agréable.

Je suis quelqu’un d’assez sensible aux odeurs, je vais sentir un feu de cheminée de très loin, ou encore sentir certaines plantes avant de les apercevoir plus loin sur mon chemin. L’odeur comme le goût s’éduque. Nous éduquons nos papilles en mangeant varié, et en goûtant ce qui est nouveau, nous reconnaissons les yeux fermés les goûts des aliments que nous avons été habitués à manger dès l’enfance. L’odorat fonctionne de la même manière, nous reconnaissons facilement des odeurs qui nous sont familières et qui sont propres à chacun.

Partout nous sommes entourés d’odeurs et nous ne prêtons plus vraiment attention à celles du quotidien ou seulement celles qui nous rappellent ou nous procurent une sensation. Les odeurs font parties d’un tout, elles sont les témoins d’une situation, elles créent des souvenirs. Je veux dire que si nous y prêtions plus d’attention nous serions sans doute capable de mieux analyser une situation ou comprendre un environnement. Elles peuvent jouer sur nos humeurs, attirer notre attention, nous guider parfois et souvent sans que nous n’en ayons conscience. Je pense qu’il est important de flâner au milieu des odeurs, je dirais pour «être en connexion» avec notre environnement et par extension la nature mais surtout pour mieux l’appréhender et la connaître.»



Odeur, «La vie en forme», mémoire DNESP 2018, p 50, Chloé Jeanne.

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